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« Forum mondial sur les réfugié·e·s: il est temps de prendre des mesures urgentes et durables » par David Edwards.

La Convention relative au statut des réfugié·e·s de 1951 est née du profond sentiment de honte qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, face à l’absence de mesures pour organiser l’accueil et répondre à la situation des personnes fuyant l’Holocauste. Les conséquences de cette passivité ont condamné nombre d’entre elles à en devenir les victimes. N’oublions jamais que cette convention et le protocole de 1967 venant la compléter ont été créés et développés dans ce contexte sanglant.

Pour un trop grand nombre de pays, il s’agissait d’un « problème allemand »: ce n’était ni leur affaire ni leur responsabilité. À cet égard, il nous faut reconnaître que rarement (voire jamais) un instrument international avait permis de changer aussi radicalement les attitudes, apportant un sens nouveau à la notion même de « civilisation ».

Après la guerre, les vagues de réfugié·e·s ont généralement été accueillies à bras ouverts, qu’elles proviennent de Hongrie, du Vietnam, d’Éthiopie, du Rwanda, d’Afghanistan, d’Afrique du Sud ou du Chili. 

Cette convention considère comme réfugiée toute personne qui ne peut ou ne veut pas retourner dans son pays d’origine en raison d’une crainte fondée d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. Ces personnes ont droit à la liberté syndicale, à la négociation collective, à l’éducation et à la protection sociale. Le droit d’asile ne doit pas uniquement être accordé aux personnes qui entrent sur un territoire par la voie légale. Même si elles ne répondent pas aux critères de la Convention relative au statut des réfugié·e·s, un nombre croissant de populations quittent leur pays pour échapper aux conflits armés, aux violences, aux attaques, à l’extrême pauvreté ou aux changements climatiques. Elles n’ont pas d’autre choix.

Pour fuir la répression qui a sévi au cours de leur révolution en 1956, plus de 200.000 Hongrois·es ont quitté leur pays à pied et rejoint l’Autriche en deux jours. Il·Elle·s sont parvenu·e·s à fuir juste avant l’installation des barbelés destinés à les emprisonner dans le pays. 

Ces réfugié·e·s ont immédiatement été placé·e·s et intégré·e·s en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs. Il·Elle·s ont été accueilli·e·s chaleureusement, voire dans la joie. Un tel accueil leur a permis d’apaiser leurs souffrances et d’amortir le choc du déracinement. Ces réfugié·e·s et leurs descendant·e·s continuent à apporter une contribution inestimable à leurs pays d’adoption.

À la chute du rideau de fer en 1989 et 1990, des morceaux de fils barbelés ont été enveloppés dans des rubans aux couleurs du drapeau hongrois et distribués pour représenter le changement et symboliser la liberté.

Aujourd’hui, des barbelés ont à nouveau été déployés en Hongrie, non pas pour empêcher de sortir du pays, mais bien pour empêcher d’y entrer.

Après la dernière élection du président Victor Orbán, le parlement a adopté une loi pénalisant toute personne apportant une aide à des migrant·e·s ou des demandeur·euse·s d’asile sans papier. Ce dernier a déclaré qu’il fallait refouler les réfugié·e·s afin de défendre la « culture chrétienne », expliquant au journal allemand Bild: « Nous ne considérons pas ces gens comme des réfugiés musulmans. Nous les considérons comme des envahisseurs musulmans. »

Je cite la Hongrie car, en 1956, personne ne demandait aux Hongrois·es en fuite de présenter leur passeport ou leur certificat de baptême. Pourtant, aujourd’hui, la formulation « ce n’est pas notre affaire » refait surface. 

Apporter des réponses aux réfugié·e·s dans l’esprit de la convention a également des répercussions sur le travail et la mission des enseignant·e·s et des éducateur·rice·s. Il·Elle·s sont tout autant, si pas davantage, obligé·e·s de se préoccuper de l’accueil des réfugié·e·s au sein de nombreuses communautés locales, en les aidant à s’adapter à leur nouveau pays. 

La Région européenne de l’Internationale de l’Éducation, le Comité syndical européen de l’éducation, et son homologue patronal, la Fédération européenne des employeurs de l’éducation (FEEE), ont récemment mené une étude sur les réfugié·e·s, comportant des visites sur le terrain en Belgique (Flandre), en Serbie et en Espagne, ainsi que des ressources provenant d’autres pays.

Si leur objectif consistait à examiner les problèmes liés à l’éducation que rencontrent les étudiant·e·s réfugié·e·s, ils n’ont pu ignorer le contexte plus large de l’hostilité du public. Cette animosité a été observée partout, sauf en Serbie. Le rapport « Promouvoir une intégration efficace des migrant·e·s et des réfugié·e·s aux systèmes éducatifs » et le documentaire vidéo « Education sans frontières » sont intéressants quel que soit le lieu où l’on vit ou travaille. Ce n’est guère différent de l’exploitation électorale ou politique de la peur et de l’hostilité aux États-Unis ou dans bon nombre de pays.

Les 17 et 18 décembre, l’Internationale de l’Éducation participera au premier Forum mondial des Nations Unies consacré aux réfugié·e·s, organisé par le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugié·e·s. Cet événement se déroulera dans l’esprit des instruments internationaux et en conformité avec leur contenu. En d’autres termes, il sera centré sur toutes les initiatives positives qui doivent être prises. Les attitudes des pays d’accueil ne manqueront pas de s’y manifester.

L’an dernier déjà, à propos de la question plus large de la migration, le Directeur général de l’Organisation internationale pour les migration, António Vitorino, décrivait les attitudes et problèmes communs des populations accueillant des migrant·e·s et/ou des réfugié·e·s en déclarant:

« Nous avons tous le choix: répondre aux espoirs des migrants en les acceptant, répondre à leurs ambitions en leur offrant des chances, les accueillir plutôt que les rejeter. »  

À l’occasion de ce forum, je m’engagerai, au nom de l’Internationale de l’Éducation, à prendre des mesures pour les enseignant·e·s et les étudiant·e·s, pour les enfants et les jeunes, et à assurer le suivi et l’évaluation de leur mise en œuvre.

Appel à l’action de l’Internationale de l’Éducation

Les pays d’accueil doivent prendre des mesures urgentes en vue de:

  • Mettre en œuvre le Pacte mondial des Nations Unies pour les réfugié·e·s et le Cadre d’action global pour les réfugié·e·s.
  • Prévoir des politiques, une législation, un financement et d’autres mesures pour assurer pleinement le suivi de ce pacte et de ce cadre.
  • Utiliser le Cadre mondial pour l’éducation des réfugié·e·s développé pour mettre en œuvre les volets du pacte centrés sur l’éducation dans le cadre de l’Alliance de co-parrainage de l'éducation du Forum mondial sur les réfugié·e·s, dont l’IE est un partenaire actif. Cela signifie, entre autres, garantir une éducation de qualité et équitable pour les enfants et les jeunes réfugié·e·s dans un délai de trois mois suivant leur arrivée, assurer la participation efficace des enseignant·e·s réfugié·e·s pour poursuivre leur intégration, en leur garantissant notamment des accréditations, un accès aux formations, des rémunérations et des conditions décentes et comparables, ainsi qu’une protection sociale.
  • Définir et mettre en œuvre des mesures non seulement pour les réfugié·e·s, mais également avec leur participation. Tant l’équité que l’inclusion sont des éléments centraux. Garantir le respect total de leur dignité humaine, de leurs capacités, de leurs talents et de leurs compétences permettra d’accélérer leur adaptation et leur intégration à leur nouvelle patrie et de renforcer leurs contributions.
  • Faire tout ce qui est en leur pouvoir pour créer un environnement accueillant et favorable pour les réfugié·e·s et lutter contre l’intolérance, la discrimination et l’exclusion, comme le prescrit le pacte.

Si l’élaboration de ce pacte démontre de manière manifeste que les Nations Unies sont capables de produire un travail de haute qualité et de négocier de solides accords de principe, sa mise en œuvre demeure encore loin d’être une réalité. L’Internationale de l’Éducation appelle les Nations Unies à:

  • Mettre tout en œuvre pour libérer et allouer les ressources nécessaires pour engager des actions efficaces, déterminées et durables pour assurer la mise en œuvre du pacte et du cadre.
  • Surveiller étroitement les progrès et les échecs, mener des évaluations et préparer des rapports.
  • Mettre tout en œuvre pour faire comprendre que les réfugié·e·s ne représentent pas uniquement un « problème », mais également un moyen de transformer une tragédie en espoir, un traumatisme en énergie. Ce « problème » offre également une opportunité d’enrichir la société, tant sur le plan culturel que social et économique.

L’Internationale de l’Éducation appelle les citoyen·ne·s de toutes les nations à:

  • S’en tenir aux faits concernant les réfugié·e·s et les demandeur·euse·s d’asile, plutôt que d’accepter sans discernement la propagande menée contre eux·elles.
  • Accepter les réfugié·e·s comme des voisin·e·s, des membres de leur communauté, des collègues.
  • Accueillir et ouvrir leur cœur aux réfugié·e·s dans les meilleures traditions de l’hospitalité qui ont marqué les décennies de l’après-guerre.

Nous ne préconisons pas uniquement cette approche parce qu’elle est attendue de nous au forum, mais bien parce que nous voulons rester concentré·e·s sur les véritables problèmes. Nombreux sont les pays où l’on observe encore trop de crainte et d’hostilité à l’égard des réfugié·e·s. 

Nous ne laisserons pas la haine et les amalgames fabriqués de toutes pièces nous accaparer et nous faire oublier la mission de l’éducation ou les réactions normales et naturelles de l’être humain. Ne rien faire face à l’adversité équivaut à se livrer aux mêmes pratiques cruelles, impitoyables et obscènes, ainsi qu’à l’irresponsabilité collective, qui, au départ, ont rendu cette convention nécessaire.

Nous sommes fier·ère·s de compter parmi ceux et celles qui refusent de laisser l’obscurantisme éteindre la flamme de l’espoir, de la tolérance et de la décence.


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David Edwards

David Edwards est le Secrétaire Général de l'Internationale de l'Education.

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