• Le monde de l'éducation
  • Blog
  • « Une enseignante comme moi » – rencontre avec les enseignant·e·s allemand·e·s, croisée des liens émotionnels et partage des expériences professionnelles positives concernant l’enseignement de l’Holocauste, par Talia Kranz.

« Une enseignante comme moi » – rencontre avec les enseignant·e·s allemand·e·s, croisée des liens émotionnels et partage des expériences professionnelles positives concernant l’enseignement de l’Holocauste, par Talia Kranz.

Quoi de plus opportun pour nous, enseignant·e·s israélien·ne·s, que de parler avec nos collègues allemand·e·s de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme? Nous l’avons déjà fait à 29 reprises! Depuis 50 ans se tient tous les deux ans un séminaire binational auquel participent des éducateur·rice·s israélien·ne·s et allemand·e·s, en vue de discuter des moyens de lutter contre le racisme et l’antisémitisme dans le monde actuel et de promouvoir l’acceptation d’autrui et de la différence. Ces séminaires sont organisés à la fois en Israël et en Allemagne.

Fin juillet 2019, j’ai participé à l’un de ces événements binationaux particulièrement intéressants, organisé au Grand Beach Hotel de Tel Aviv. Dans le cadre de ce séminaire, 15 enseignant·e·s membres de l’association « Éducateur·rice·s contre le racisme et l’antisémitisme », fondée par notre syndicat, l’Israel Teachers’ Union (ITU), ont eu l’occasion de rencontrer leurs collègues du GEW, la fédération allemande des enseignant·e·s.

À l’occasion de cet événement unique, les participant·e·s ont donné des conférences dans leur propre langue, accompagnées d’une traduction simultanée. Au cours du dernier séminaire, les conférences ont porté sur des questions pertinentes en lien avec l’enseignement de l’Holocauste:

  • Combattre et prévenir le racisme dans les écoles.
  • Enseigner l’Holocauste au travers de la littérature pour enfants et des journaux écrits par des enfants à cette époque.
  • Éduquer à la tolérance et à l’acceptation des autres.
  • Sensibiliser aux droits de l’enfant, en s’appuyant sur le vécu des familles et les témoignages des survivant·e·s et des représentant·e·s de la deuxième génération familiale.
  • L’enseignement est un rempart contre le négationnisme.
  • Le pillage des biens juifs.
  • Les relations germano-israéliennes.
  • Les activités des bénévoles allemand·e·s pour aider les rescapé·e·s de l’Holocauste, etc.

Chaque conférence était suivie d’un débat au cours duquel les deux parties ont pu exprimer leurs différents points de vue et aborder des questions sensibles. Ces discussions importantes se sont avérées particulièrement utiles et intéressantes. Nous avons partagé nos expériences positives en ce qui concerne les méthodes et les moyens d’enseigner l’Holocauste et avons eu l’occasion de discuter des dilemmes et autres difficultés que nous rencontrons avec nos élèves lorsque nous les confrontons à l’histoire de l’Holocauste.

Ce séminaire exceptionnel a été pour moi, enseignante et citoyenne juive, une expérience extraordinaire et passionnante. Ces rencontres m’ont permis de comprendre que le thème de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme mobilisaient des enseignant·e·s allemand·e·s de toutes les générations. J’ai également eu l’occasion de découvrir l’attitude sérieuse et attentionnée des Allemand·e·s, qui se reflète dans leur affection pour l’État d’Israël et le peuple juif. Cet engagement m’a fait fondre en larme. Le message d’amour envers autrui était au centre de ce séminaire. Cela m’a donné l’espoir de voir des jours meilleurs.

Au cours du séminaire, la Secrétaire générale de l’ITU, Yaffa Ben David, a honoré les participant·e·s. Dans ses commentaires adressés au groupe, elle a insisté sur l’importance d’organiser ce type de réunions et d’échanges d’expériences binationaux.

Un des points forts du séminaire a été le sentiment de communion entre tou·te·s les participant·e·s lors d’une émouvante cérémonie au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, organisée par Gila Finkelstein (ITU) et le professeur Ram Steindel (école « Irises » de la ville de Karmiel). Ram Steindel, survivant de l’Holocauste de la deuxième génération, a résumé ses expériences dans une chanson où il écrit qu’il savait que ses collègues seraient des Allemand·e·s courageux·euses œuvrant en faveur du Bien, mais qu’il ignorait à quel point son cœur y serait attaché et sur le point de se briser, ici à Yad Vashem.

Il ressort clairement des conférences et des discussions que les collègues allemand·e·s se battent pour préserver la mémoire de l’Holocauste et enseigner dans leurs écoles les leçons que l’on peut en tirer. Bon nombre ont déclaré ne pas savoir que la question de l’Holocauste occupait une place à ce point centrale dans la vie quotidienne des Israélien·ne·s. Matthias, un des enseignant·e·s allemand·e·s, a souligné que le degré d’approfondissement de l’enseignement de l’Holocauste en Allemagne était généralement déterminé par les politiques de l’État fédéral (Bundesland) et le choix de l’enseignant·e. Matthias accorde une grande importance à l’enseignement de l’Holocauste. Pour lui, aucun·e élève ne peut quitter l’école sans savoir ce que signifient l’Holocauste et la prévention de l’antisémitisme et du racisme envers autrui. Silvia, enseignante allemande en quatrième année à Berlin, a expliqué aux participant·e·s que ses élèves préparaient un journal de bord créatif après avoir lu un livre pour enfant sur l’Holocauste, vue par une fillette de 10 ans.

Lea Zazon, professeure d’histoire et coordinatrice professionnelle pour ce cours dans une école secondaire de Haifa, s’est dite impressionnée par le haut degré d’acceptation et de soutien des enseignant·e·s allemand·e·s à l’égard de l’État d’Israël. Ce séminaire permettra, selon elle, de nouer des relations humaines chaleureuses et de véritables amitiés entre les membres des délégations israélienne et allemande.

Dans la discussion finale, les collègues allemand·e·s ont souligné la bonne ambiance qui a accompagné le séminaire, les débats et les conversations personnelles, qui les ont beaucoup impressionné·e·s. Au terme de cette semaine fascinante, une magnifique soirée d’adieu a été organisée, accompagnée d’une performance musicale de l’artiste Tal Kravitz, invitant à chanter et danser dans une ambiance festive. Au cours de cette rencontre particulière, les graines d’une profonde amitié ont été semées entre les deux nations. Les participant·e·s attendent avec impatience la tenue du prochain séminaire, qui sera organisé au cours de l’été 2021, à Berlin.


no image

Talia Kranz

Talia Kranz est professeure de langue hébraïque à l’école primaire communautaire Beit-El de Zichron Yaakov. 

Partagez cette page

Tweets

Suivez nous

Profils de pays