« PISA, bien-être et syndicats de l’éducation », par David Edwards.

Lors de la publication des rapports sur le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la une de nombreux journaux titre sur les classements des pays. Si nous avons systématiquement critiqué l’approche du tableau de classement, ces rapports contiennent néanmoins quantité d’informations utiles aux éducateur·rice·s et à leurs syndicats.

Un bon exemple en est le rapport PISA de 20181, publié en décembre de l’an dernier. Il contientet ce n’est pas la première fois, un volume consacré au bien-être des élèves. Il analyse des chiffres, mais pas seulement. Dans ce rapport, l’OCDE confirme ce que chacun sait d’instinct. Par exemple, sur l« atmosphère à l’école », il est dit: 

« Une atmosphère positive à l’école est l’un de ces éléments difficiles à définir et à mesurer, mais chacun y compris les parents – le reconnaît quand il le perçoit. L’état des installations scolaires, le ton des conversations dans les couloirs, l’enthousiasme du personnel scolaire et la manière dont les élèves se comportent entre eux durant les pauses sont quelques-uns des signes que des visiteurs peuvent interpréter pour évaluer rapidement et globalement l’atmosphère qui règne dans une école ». 

Enthousiasme des enseignant·e·s 

Le questionnaire PISA de 2018 comportait également une tentative de mesurer l’impact de l’enthousiasme des enseignant·e·s2 sur le bien-être et les résultats des élèves. Bien que ces deux aspects relèvent d’un rapport de corrélation et non de causalité, il semblait exister un lien: 

« Il ressort des conclusions de PISA que, dans une nette majorité de pays et d’économies, plus les élèves de 15 ans jugeaient leurs enseignant·e·s enthousiastes, meilleurs étaient leurs résultats en évaluation de la lecture, même après prise en compte du profil socio-économique des élèves et des établissements scolaires ». 

Environnement d’apprentissage 

Le rapport souligne que l’environnement d’apprentissage ne se limite pas à l’atmosphère à l’école. Il existe de nombreux autres facteurs, comme l’environnement domestique, la situation économique et sociale et la communauté. Le harcèlement en est un autre, dont ce rapport PISA montre, comme l’ont fait de précédents rapports, qu’il s’agit d’un problème très grave. Il ne se produit pas uniquement à l’école, mais il « rejaillit » souvent dans l’école. Comme l’indique le rapport, les enseignant·e·s et les personnels d’appui à l’éducation jouent un rôle crucial dans ce domaine: 

« Les enseignant·e·s et les chef·fe·s d’établissement doivent non seulement être capables de reconnaître le harcèlement quand il se produit, mais il·elle·s peuvent également être amené·e·s à créer une atmosphère dans laquelle le harcèlement est moins susceptible de se produire. L’étude suggère qu’un environnement scolaire favorable et bienveillant va de pair avec une prévalence moindre du harcèlement et avec la volonté des élèves de demander de l’aide ». 

Bien que le rapport ne soit pas axé sur les relations, il reconnaît néanmoins qu’elles constituent un élément essentiel de la vie scolaire et de l’atmosphère à l’école. Il est intéressant – et peut-être lié – de constater que le rapport indique qu’il existe une corrélation entre une utilisation élevée d’internet par les élèves et le sentiment de « tristesse »: 

«  lorsque les élèves ont été interrogés sur la question de savoir à quelle fréquence ils se sentent tristes et malheureux, les différences entre les catégories d’utilisateur·trice·s d’internet ont été plus marquées. Plus le temps passé sur internet était long, plus les élèves étaient susceptibles de déclarer qu’ils se sentaient tristes et malheureux. Par exemple, en moyenne dans les pays de l’OCDE, 35% des faibles consommateur·rice·s d’internet se disaient parfois ou toujours malheureux, contre 38% pour les utilisateur·rice·s moyen·ne·s d’internet et 44% pour les gros·se·s utilisateur·rice·s d’internet ». 

Le rapport PISA fait également apparaître le rapport important qui existe entre l’enseignement et l’apprentissage, tant positif que négatif. Du côté positif, le rapport indique: 

« L’une des grandes idées qui sous-tendent ce rapport est que la vie à l’école est un aspect majeur de la vie des élèves. L’école n’est pas uniquement le lieu où les enfants acquièrent des savoirs, mais – c’est capital pour le présent rapport –, c’est l’endroit où les enfants se font des amis, établissent des relations de confiance avec les enseignant·e·s et développent un attachement pour l’école ». 

Bien-être des enseignant·s et des élèves 

Il est un domaine pour lequel la recherche se fait attendre et c’est celui du lien entre le bien-être des élèves et celui des enseignant·e·s. Tant la direction de l’OCDE que l’IE s’accordent à dire que cette recherche doit être menée, mais aucun pays de l’OCDE n’a accepté de soutenir ce projet spécifique. PISA 2021 inclura un questionnaire destiné aux enseignant·e·s, qui comportera des questions sur leur bien-être et il sera alors possible d’établir une corrélation entre ces données et le bien-être des élèves. Il est toutefois réellement préoccupant que les pays ne considèrent pas que le bien-être des enseignant·e·s mérite d’être étudié. 

Conclusion 

L’OCDE a sensiblement amélioré ses conseils stratégiques au cours de la dernière décennie. Elle a reconnu que la négociation collective est cruciale pour des relations de travail efficaces, elle a introduit dans ses rapports une approche positive des enseignant·e·s et a ajouté à l’enquête des questions sur le bien-être des enseignant·e·s. Elle a reconnu l’importance de l’autonomie professionnelle et souligne qu’il est nécessaire que les gouvernements collaborent avec les syndicats de l’éducation lorsqu’ils envisagent d’apporter des changements positifs à l’éducation. Bien que nous soyons déterminés à continuer de critiquer l’OCDE lorsqu’elle n’adopte pas la bonne approche, de nombreux éléments de sa nouvelle approche des savoirs des élèves peuvent être recommandés. 


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David Edwards

David Edwards est le Secrétaire Général de l'Internationale de l'Education.

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