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« Comment réagir à la crise du COVID-19 dans l’éducation : que nous apprend TALIS 2018 ? », par John Bangs.

L’enquête internationale sur les enseignants, l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) de 2018 a été publiée le 23 mars. Pour la première fois, Andreas Schleicher, Directeur chargé de l’éducation et des compétences à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a présenté le rapport à distance en raison de la crise du COVID-19. L’OCDE avait, à juste titre, pris la décision difficile de publier son rapport maintenant, avant que la situation n’empire, en dépit de la saturation de la couverture de la crise par les médias.

Dans des circonstances normales, TALIS mériterait une visibilité beaucoup plus grande. Il s’agit probablement de l’étude internationale la plus exhaustive sur le point de vue des enseignant·e·s jamais publiée par une organisation intergouvernementale. En collationnant toutes les données des deux volumes de TALIS 2018, on ne recense pas moins de quarante-trois recommandations couvrant chaque aspect de la politique relative aux enseignant·e·s.

Pourtant, Schleicher ne s’est pas uniquement limité au rapport. Sa présentation et le blog qui l’accompagne se sont penchés sur les résultats de TALIS sous l’angle de la pandémie actuelle. Il s’est dit convaincu que, loin d’être rendues obsolètes, les recommandations politiques de TALIS représentent une stratégie permettant aux communautés éducatives de faire face à la crise et de se renouveler. Schleicher a déclaré que l’heure n’était pas au désespoir. Les enseignant·e·s et les responsables politiques ont réagi et seul un comportement responsable pourrait éviter un effondrement de nos systèmes éducatifs. Soulignant le fait que la transition vers un enseignement en ligne pouvait effectivement aggraver la situation des élèves défavorisés, Schleicher a déclaré que donner au corps enseignant la possibilité d’innover et de prendre le contrôle de leur vie professionnelle était la meilleure manière de combler l’écart. Loin de perdre sa pertinence en raison de la pandémie, l’enquête TALIS contient, selon lui, de nombreux éléments indiquant comment les systèmes éducatifs pourraient s’adapter et le vecteur de ce renouvellement est la profession enseignante elle-même.

Cela représente un changement radical et extrêmement important dans le chef de l’OCDE. Tout comme l’Internationale de l’Éducation (IE) et la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC), l’OCDE élabore des politiques et des conseils proactifs sur la manière de préserver les systèmes éducatifs. Son approche est similaire à celle de l’IE et il convient d’examiner ce qu’elle envisage. Les nouveaux passages les plus significatifs de TALIS sont des propositions relatives à la façon dont les enseignant·e·s peuvent prendre le contrôle de leur vie professionnelle et assumer la responsabilité de l’innovation par le biais d’un leadership des enseignant·e·s.

Une partie de cette approche se trouve énoncé dans un nouveau chapitre consacré aux sources et aux niveaux de stress que subissent les enseignant·e·s. Le fait que ces résultats existent est en soi significatif. Depuis 2015, l’IE collabore avec l’OCDE sur la question de savoir comment aborder le stress du corps enseignant en dépit du fait que certains pays doutent de l’intérêt de poser ces questions. Les résultats de TALIS en la matière représentent une reconnaissance importante des préoccupations formulées par l’IE. En effet, les résultats de TALIS ont confirmé tout ce que les syndicats d’enseignants ont signalé à l’IE. Le rapport a révélé que 9 % seulement des enseignant·e·s ont déclaré ne pas souffrir de stress, tandis que 18 % ont indiqué qu’il·elle·s subissaient un stress élevé, dont le niveau varie sensiblement selon les pays.

À l’IE, nous pensons, comme l’OCDE, qu’il existe un rapport évident entre le leadership des enseignant·e·s et l’élimination de leur stress. Un cercle vertueux relie les enseignant·e·s qui ont confiance en eux·elles, des niveaux élevés d’efficacité et l’élimination du stress. Les enseignant·e·s qui savent comment innover pour répondre aux défis pédagogiques et sociaux ne se heurtent pas à des demandes sur lesquelles il·elle·s n’ont aucun contrôle. Cela n’a jamais été plus important qu’aujourd’hui. L’innovation par l’apprentissage à distance ne peut aller du haut vers le bas. Les formes autocratiques de leadership scolaire ne feront que gêner les enseignant·e·s qui collaborent pour trouver comment utiliser au mieux la technologie.

Il ressort clairement de TALIS que si l’on donne davantage d’influence et de place pour s’exprimer aux enseignant·e·s des salles de classe, non seulement dans leur enseignement mais aussi dans le fonctionnement des écoles et des systèmes éducatifs proprement dits, il est nettement plus probable que les communautés scolaires ne seront pas irrémédiablement impactées par le COVID-19.

En résumé, si les systèmes éducatifs doivent être revus après la pandémie, l’action d’une profession enseignante confiante, extrêmement qualifiée et autonomie est essentielle, tout comme les organisations qui la représentent. En effet, il est significatif que TALIS reconnaisse le rôle important que joue l’IE et la TUAC dans le développement et la mise en œuvre de TALIS et le rôle que les syndicats de l’éducation peuvent avoir en influençant les politiques gouvernementales.

TALIS constitue une source extrêmement importante de données probantes pour les enseignant·e·s, les personnels de soutien à l’éducation et les responsables politiques. L’engagement de l’Internationale de l’Éducation auprès de ses organisations membres crée un réservoir d’idées et d’innovation sans précédent, lequel contribuera à protéger l’enseignement public pour tou∙te∙s. Plus que jamais, l’heure est venue pour les organisations mondiales et leurs membres de collaborer afin de faire en sorte que l’éducation avance et ne régresse pas en cette période de crise.

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Note : Le 27 mars, la TUAC organise un webinaire avec l’OCDE sur la crise du COVID-19 et les systèmes d’éducation, auquel l’IE participera.


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John Bangs

John Bangs est conseiller spécial auprès de l’Internationale de l’Éducation et préside le groupe de travail sur l’éducation et les compétences au sein de la Commission syndicale consultative.

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