Tom Bediako

Investir dans la qualité de l’éducation

Nous avons accompli de nombreuses choses en Afrique. Des écoles ont été construites à travers tout le continent, y compris dans les villages les plus petits et les plus reculés. Ces écoles ouvrent des portes sur le monde. Je me considère comme étant l’exemple vivant de l’importance capitale de rendre l’enseignement fondamental accessible à toutes et à tous dans notre société: les riches comme les pauvres, dans les villes comme dans les zones rurales. Je suis allé dans une école primaire de mon village et l’apprentissage m’a encouragé à continuer d’apprendre et à considérer l’étude comme un style de vie. Sans cette école primaire, je n’aurais jamais pu aller au-delà des frontières de mon village.

Nous avons fait des progrès en termes d’accès à l’enseignement. Il est cependant triste de constater que l’augmentation des inscriptions scolaires soit souvent allée de pair avec une diminution de la qualité de l’enseignement. C’est pourquoi notre prochain défi consistera définitivement à faire un bond en avant et à investir dans la qualité de l’éducation. Je suis fermement convaincu que les gouvernements doivent prendre leurs responsabilités à cet égard, afin de garantir et renforcer un système d’enseignement public, qui tienne compte des élèves sur le plan intellectuel, émotionnel et physique.

Sauver l’enseignement public

Nous ne devrions jamais abandonner les missions importantes de l’enseignement. J’observe une tendance croissante à privilégier un type d’enseignement uniquement axé sur les évaluations et les examens. Nous ne devrions pas laisser faire cela. Un être humain qui va à l’école représente tellement plus qu’une personne seulement intéressée par des résultats. Je constate que cette vision étriquée de l’enseignement offre un terrain favorable au développement des écoles privées. L’unique ambition de ces écoles consiste à préparer les élèves à réussir leurs examens. Ces écoles privées prolifèrent rapidement au Ghana comme dans l’ensemble du continent africain, étant donné que les autorités publiques n’ont jamais traité la question de la qualité de manière appropriée. Il est temps de nous recentrer sur la qualité afin de sauvegarder le système public.

Absence de débat sur les questions essentielles

Le rôle des enseignants a radicalement changé au cours de ces dernières décennies en Afrique. Souvent, l’enseignante ou l’enseignant était la seule personne du village sachant lire et écrire. A l’époque où les pays africains ont accédé à leur indépendance, les enseignants vivaient pour enseigner. Au Ghana, en Tanzanie, en Zambie et dans tout le continent. Il y avait un engagement fort à bâtir la nation. Aujourd’hui, les enseignantes et les enseignants enseignent pour vivre. Je ne peux pas le leur reprocher, mais il est certain qu’ils travaillent dans une perspective différente.

Cela montre également que, à l’heure actuelle, les enseignants et leurs syndicats travaillent différemment. Les syndicats et les autorités éducatives ont établi des règles solides en matière de négociation ainsi que des réglementations sur les salaires et les conditions de travail. Mais lorsqu’il s’agit d’aborder les préoccupations professionnelles et les défis liés à l’éducation, force est de constater qu’il n’existe quasiment aucun débat bien structuré pour traiter les questions essentielles dans ces domaines. En théorie, nous avons au Ghana le Conseil national des services éducatifs pour débattre de ces questions. Mais les autorités éducatives n’utilisent pas ce mécanisme de consultation.

Nous avons besoin d’un dialogue institutionnalisé performant pour discuter des politiques éducatives. Trop de syndicats de l’éducation n’ont pas d’opinions fondées en matière de politiques éducatives. Nous devrions y travailler sans relâche et, en tant que professionnels, nous devrions apporter au débat notre grande expérience quotidienne de l’enseignement.

Les syndicats doivent bâtir l’unité

Lorsque j’ai commencé ma carrière d’enseignant, il existait environ 17 organisations d’éducateurs. Aujourd’hui, les éducatrices et les éducateurs s’expriment - quasiment - d’une seule voix par l’intermédiaire de la Ghana National Association of Teachers (GNAT), regroupant plus de 160.000 membres. Nous observons que cette avancée vers l’unité s’affirme dans bon nombre de pays africains et nous avons bien évidemment pu la constater au niveau international lorsque le Secrétariat professionnel international de l’enseignement et la Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante ont fusionné pour créer l’Internationale de l’Education (IE).

Mais je remarque que l’unité fixe également des conditions et doit répondre à ses propres obligations. Les syndicats étant parvenus à créer l’unité et occupant une position de monopole ne doivent pas avoir peur de la diversité. Lorsque l’unité devient un objectif en soi, le syndicat court le risque de voir ses opérations réduites à une forme de « danse rituelle » et de créer un consensus à l’avance. Je constate cette situation actuellement. Certains syndicats ne se livrent que trop peu à la critique ouverte et à une analyse approfondie en interne. Dès lors, la question essentielle est: comment créer un débat interne permettant de tirer le meilleur du syndicat et de ses membres?
J’ai assisté aux avancées vers l’indépendance politique dans mon continent. Au cours de ces cinquante dernières années, tous les pays sont passés du statut de colonie à celui de nation indépendante. Toutefois, ce chemin n’a pas abouti à l’indépendance financière et économique.

Nous nous sommes développés en un village mondial où ceux et celles qui possèdent côtoient les mendiants. J’estime que travailler sans relâche pour atteindre pleinement l’auto-détermination représente un grand défi pour l’Afrique. Je considère que le mouvement syndical et les éducatrices et les éducateurs qui y participent activement ont un rôle à jouer dans la réalisation de cet objectif.

L’identité africaine nous renforce

Nous, nous sommes membres d’une organisation mondiale, mais il semble que bon nombre de syndicats africains aient renoncé à prendre leur destinée en main. J’ai déployé beaucoup d’efforts pour arriver à unifier les enseignants africains par le biais de l’Organisation des enseignants de toute l’Afrique et du Centre panafricain des enseignants. Je déplore que cela n’ait pas fonctionné tel que je l’avais envisagé. Nous n’avons pas réussi à créer le lien entre les membres de la communauté enseignante mondiale et le développement de notre propre identité africaine. Je le regrette profondément, car je pense que c’est précisément notre identité africaine qui nous sert de repère et nous renforce.

Personnellement, je suis fier d’avoir participé à la lutte pour la liberté et la libération en Afrique du Sud, ainsi qu’à la naissance d’un grand syndicat de l’éducation, le South African Democratic Teachers’ Union. C’est avec émotion que j’ai vu la communauté mondiale des éducateurs réussir à rassembler plusieurs groupes et organisations d’enseignants dans une seule salle et à les faire adopter un programme conjoint s’appuyant sur une plate-forme commune.

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